




Le Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris*, avec la participation exceptionnelle de l'Institut national d'histoire de l'art, présente du 13 mars au 8 juin 2008 une grande exposition consacrée aux gravures de Francisco Goya (1746-1828). Plus de 280 oeuvres sont exposées, parmi lesquelles 210 estampes du maître, dont certaines inédites. Goya graveur retrace le parcours de l'artiste, depuis ses premiers essais de graveur en 1778, jusqu'aux audacieux Toros de Bordeaux de 1825. Des planches rarissimes de la Bibliothèque nationale de France viennent compléter les collections du couturier Jacques Doucet, fondateur de la Bibliothèque d'art et
d'archéologie (aujourd'hui bibliothèque de l'INHA) et celles des frères Dutuit. Ce dernier ensemble constitue l'un des fleurons du fonds d'estampes du Petit Palais.
L'exposition aborde les influences de l'artiste, de Rembrandt à Vélasquez, en passant par les Tiepolo qui dominent la scène artistique espagnole de l'époque. Les célèbres séries des Caprices (1797-1799), des Désastres de /a Guerre (1810-1820), de la Tauromachie (1815-1816) et des Disparates (18161823) constituent le point d'orgue de cette présentation. Des dessins préparatoires, des plaques de cuivre, plusieurs suites d'épreuves d'état associées aux épreuves éditées, et enfin des éditions posthumes, montrent pour la première fois en France, à cette échelle, l'intégralité du processus de création de Goya, graveur, et la subtilité de son travail, de l'eau-forte pure jusqu'à l'aquatinte. Quatre lithographies exécutées à Bordeaux sur le thème récurrent de la tauromachie, témoignent de l'audace de l'artiste, ne reculant à la fin de sa vie, devant aucune expérimentation. Enfin, l'exposition met en lumière, à travers un choix de plus de 70 dessins et estampes, l'influence majeure de Goya sur les artistes français du XIXe siècle comme Delacroix, Manet et Redon.
PARCOURS DE L ' EXPOSITION
Homme du XVllle siècle imprégné de la philosophie des Lumières, Goya fut, à travers ses estampes, le témoin engagé et compatissant de cinquante années parmi les plus sombres de l'histoire de son pays. Par la peinture, il connut la gloire à la Cour d'Espagne, jusqu'à devenir premier peintre du Roi, mais en tant que graveur, il trouva son mode d'expression le plus intime et le plus personnel.
II porte un regard lucide et désabusé sur les moeurs de son temps et s'interroge sur le paradoxe de la nature humaine, capable de tous les héroïsmes comme des pires abominations qui surgissent lorsque la Raison s'endort. Ses gravures sont autant de démonstrations d'une liberté artistique qui semble sans borne. Elles ont donné lieu à mille interprétations sans qu'aucune ne soit jamais vraiment satisfaisante tant ces planches fantastiques sont irréductibles à une explication univoque. Les Caprices dénoncent les travers de la société espagnole mais leur Langage universel va bien au-delà d'une satire classique, Les Désastres de la Guerre disent l'horreur et la barbarie de toutes les guerres, La Tauromachie intervient comme une respiration, mais plus que le pittoresque de la corrida, Goya grave à la fois l'âpre beauté du duel entre l'homme et l'animal, et de la mort qui triomphe dans l'arène. Enfin les Disparates reprennent l'ensemble des motifs des séries précédentes et constituent une oeuvre fantasmagorique d'une radicale modernité.
Dans cette exposition, le spectateur est convié au coeur du processus de création de l'artiste en observant au plus près grâce à des épreuves d'une rareté et d'une qualité exceptionnelle, l'énergie d'une pointe, la morsure d'un trait d'eau-forte ou la délicatesse d'un grain d'aquatinte. L'exposition montre de quelles manières les artistes du XIXesiècle, des romantiques aux symbolistes, rendirent hommages à Goya, devenu une figure tutélaire. En épilogue est abordée la fortune critique de son oeuvre gravée en France à travers l'engouement des collectionneurs, des poètes et des artistes pour ce génie espagnol.
L'artiste et ses maîtres
En introduction sont présentées les sources d'inspiration de Goya : Rembrandt, Vélasquez, mais aussi les Tiepolo, qui dominent la scène artistique espagnole lorsque Goya dessine ses premiers cartons de tapisserie et grave ses premières planches.
Fils d'un maître doreur et d'une mère de petite noblesse, Francisco Goya commence son apprentissage chez un peintre de Saragosse dans les années 1760. II le poursuit à Madrid entre 1766 et 1770 sous l'égide de Francisco Bayeu (1734-1795) son futur beau-frère. Bien qu'il ait échoué à plusieurs reprises au concours de l'Académie Royale San Fernando, il effectue l'indispensable voyage en Italie qui parachevait alors la formation des jeunes artistes (fin 1769-1771). II y copie les modèles classiques et rencontre à Rome le grand graveur Piranèse. L'art des Tiepolo, père et fils, aura une influence déterminante sur le jeune artiste. II admire leurs grands décors à fresque et s'intéresse aussi à leurs gravures. Les traits hachurés et les vibrations lumineuses caractéristiques des eaux-fortes tiépolesques se retrouvent dans deux des premières planches majeures de Goya : L'Aveugle à la guitare et Le Carotté. Ces grandes gravures, présentées dans l'exposition, annoncent deux aspects qui perdureront dans l'oeuvre de Goya, l'un pittoresque relevant de la scène de genre dans la tradition espagnole et l'autre d'un réalisme sombre témoignant de la cruauté humaine.
Dès 1775, Goya exécute des cartons (modèles de tapisserie) pour la Manufacture Royale de tapisseries. II devient alors le protégé du Prince des Asturies, futur roi Charles IV et commence une carrière officielle brillante en tant que peintre de la Cour. Pour faire connaître à l'étranger les gloires de l'art espagnol, le comte de Floridablanca, ministre de Charles IV et l'académicien Antonio Ponz, figure majeure du Madrid des Lumières, appellent de leurs voeux la copie et la diffusion des chefs d'oeuvre nationaux par la gravure. Goya a-t-il voulu répondre à cet appel, se faire apprécier par les membres de l'Académie et progresser plus vite dans la carrière de peintre officiel, ou, plus prosaïquement, trouver des débouchés commerciaux, on ne sait. Toujours est-il qu'il copie en gravure les plus célèbres tableaux de Vélasquez, exposés dans les appartements d'apparat du tout nouveau Palais Royal. Traduire, par les seules ressources du noir et du blanc, les subtiles demi-teintes des peintures du plus grand maître espagnol du Siècle d'or, la sensation d'espace et l'air qui semble circuler dans ses toiles, est une gageure de taille. Goya relève le défi avec talent et surtout, il s'imprègne durablement de la manière de son modèle. Cette série, dans laquelle il s'essaie pour la première fois à l'aquatinte (technique alors toute récente) est éditée en 1778. II aurait dit à la fin de sa vie, « j'ai eu trois maîtres: Rembrandt, Vélasquez et la nature. ». L'exposition présente plusieurs planches de la première édition et une rare épreuve d'état d'un sujet resté inédit : Les Ménines.
Les Caprices (Los Caprichos), 1799
En 1789, Goya devient Premier Peintre de la Chambre du Roi. Admis dans l'intimité des puissants, il est le témoin de la décadence de la monarchie espagnole et fréquente les intellectuels éclairés du Madrid des Lumières, les « llustrados ». 11 arrive au sommet de sa gloire lorsqu'une violente maladie, de nature mystérieuse, qui manque de lui coûter la vie, le laisse définitivement sourd en 1793.
À cette époque Charles IV qui craint la contagion de la Révolution française laisse libre champs à Manuel Godoy, jeune garde du corps, amant de la reine qu'il nomme Premier Ministre. Intrigues et manigances se succèdent alors dans le Cabinet du Roi et les libéraux, proches de Goya sont peu à peu éloignés. Cette triade royale tolère l'influence renaissante des Tribunaux de la Sainte Inquisition.
Dans ce contexte troublé, Goya commence à peindre, en dehors des commandes officielles, des petits tableaux dans lesquels « le caprice et l'invention peuvent se développer. » C'est également alors que, dès 1794, il remplit ses carnets de dessins de scènes croquées sur le vif parmi lesquelles il puisera la première idée des gravures des Caprices.
L'album de 80 planches gravées à l'eau-forte et à l'aquatinte des Caprices est mis en vente à Madrid, en 1799. Inspiré par la philosophie des Lumières, Goya y dénonce les travers de la société espagnole, les moeurs de son temps comme la prostitution, l'obscurantisme ou la superstition. La publication des Caprices est annoncée les 6 et 19 février 1799. Images de « fantaisie » dans la tradition du XVIII' siècle dans lesquelles se mêlent le fantastique, le macabre et l'irrationnel, les Caprices sont une satire impitoyable des moeurs de son temps (ambition forcenée, vénalité, abus de pouvoir), et un âpre réquisitoire contre une société rétrograde où l'Église exerce une influence liberticide. Sans doute inquiété par l'Inquisition, Goya les retire assez vite de la vente. En juillet 1803, il dépose ses plaques à la Chalcographie royale avec 240 exemplaires non vendus, en échange d'une pension pour son fils. Des exemplaires circulent en France dès 1809, dans les fourgons des armées françaises. Ces Caprices, très vite devenus célèbres, vont passionner la génération des artistes romantiques, notamment Delacroix.
Une quarantaine de planches sont exposées parmi lesquelles celles rapportées d'Espagne par le baron Vivant-Denon, qui avait rejoint à Madrid les armées de Napoléon. Les amateurs pourront aussi découvrir deux albums reliés, celui de l'INHA, précieux exemplaire de la bibliothèque de Godoy (le Prince de la Paix) et celui du Petit Palais (sans doute offert par Goya lui-même à l'un de ses proches). Trois planches des Caprices écartées de la série éditée sont aussi présentées dont une feuille double-face unique au monde exceptionnellement prêtée par la Bibliothèque nationale d'Espagne. La réunion d'un ensemble aussi complet d'albums et d'épreuves rares est inédite.
L'atelier
L'ambiance d'un atelier de graveur est reconstituée, afin de sensibiliser le visiteur à la matérialité de l'objet gravé et lui permettre d'appréhender au plus près le processus de création de l'artiste. Une approche des techniques de l'estampe pratiquées par Goya est proposée : gravure sur cuivre tout d'abord (principalement eau-forte et aquatinte), puis lithographie, toute nouvelle invention à laquelle il s'essaye avec brio à la fin de sa vie. Les étapes de la création d'une gravure seront présentées à partir de planches des Caprices: dessins préparatoires, plaques de cuivre et tirages.
Les Désastres de la guerre 1810-1820
Amoindrie, fragilisée, l'Espagne va subir de plein fouet l'ambition impérialiste de Napoléon. À la fin de l'année 1807, celui-ci envoie son armée en Espagne. Partout, les soldats français sont acclamés par un peuple espagnol las des intrigues de la triade royale. Tous désirent un nouveau roi et placent leurs espoirs dans le populaire prince des Asturies, le futur Ferdinand VII. Après maintes intrigues, le prince monte finalement sur le trône le 19 mars 1808. Mais le peuple inquiet pour son nouveau souverain prend peur lorsque Napoléon le convoque à Bayonne. À la tête des armées françaises, le Générale Murat, entré dans Madrid contre les ordres de Napoléon, se trouve face à une émeute. S'en suit un bain de sang qui commence aux abords du Palais royal et se poursuit sur la Puerta del Sol où les manifestants s'étaient regroupés. Quelques années plus tard, Goya immortalise la scène dans le célèbre tableau du Deux Mai à la Puerta del Sol. Pendant ce temps les émeutes se poursuivent à Madrid, débouchant, le 3 mai, sur un nouveau carnage. Tous les hommes pris une arme à la main sont exécutés par les troupes françaises à la 4 Moncloa: scène, elle aussi, dépeinte par Goya dans Les fusillades du 3 mai. La nouvelle du massacre parvient à Bayonne et, le 6 mai 1808, Napoléon fait proclamer son frère joseph, roi d'Espagne et des Indes. Alors commence dans l'Espagne toute entière une guerre qui durera cinq années pour l'indépendance et le retour de Ferdinand VII.
À cette époque, Goya vit à Madrid où il côtoie les horreurs de la guerre. En 1808, il fait même un voyage à Saragosse alors assiégée par les troupes napoléoniennes. En 1810, un soulèvement général déchaîne, plus encore, la brutalité des affrontements. C'est alors que Goya commence le cycle des Désastres de la Guerre. Ses gravures offrent un témoignage personnel des évènements. Alors que la guerre prend fin, Goya compose encore de nouvelles planches. Entre 1812 et 1814, il grave les scènes représentant la famine qui a touché Madrid. C'est aussi à ce moment, qu'il réalise une suite de scènes d'exécution. Cette série, qui inspirera tant les artistes jusqu'au coeur des guerres du XXe siècle (dont Picasso avec son célèbre tableau Guernica), ne sera pas éditée du vivant de Goya. Elle sera mise à jour au moment de la mort du fils de l'artiste et éditée à Madrid en 1863.
Jacques Doucet, fondateur de la Bibliothèque d'art et d'archéologie devenue Bibliothèque de l'INHA, a acquis au début du XXe siècle un ensemble de 39 épreuves d'état des Désastres de la Guerre, imprimées par Goya au cours de son travail sur les plaques de cuivre. Ces rares épreuves d'état sont très différentes des épreuves éditées après la mort de l'artiste et largement diffusées. Leur présentation, exceptionnelle, permettra aux amateurs, d'apprécier la série des Désastres de la Guerre, telle que Goya l'avait conçue. Version allégorique du désarroi de l'artiste devant les souffrances endurées par son pays le somptueux Colosse de la Bibliothèque Nationale de France clôturera ce chapitre.
La Tauromachie (1815-1816)
La corrida est au coeur de la culture espagnole. Plusieurs séries de gravures sur l'art de toréer, très prisées des amateurs, ont été publiées à l'époque de Goya, lui-même aficionado. À près de 70 ans, il se consacre avec passion à la réalisation d'une suite d'eaux-fortes sur ce thème. Après une dizaine de planches consacrées au récit historique des origines de la Tauromachie, des anciens Maures chassant les taureaux sauvages jusqu'au Cid et à Charles Quint, il poursuit par les plus belles démonstrations de virtuosité et de bravoure des toreros de son temps. Par les seules ressources du trait, des ombres de l'aquatinte et de la lumière du blanc du papier, l'arène devient un lieu fantastique.
Un ensemble extraordinaire d'épreuves d'état et de première édition, rassemblé par les frères Dutuit sous le Second Empire, est conservé au Petit Palais. La salle consacrée à la Tauromachie est donc l'occasion de rendre hommage à ces amateurs de belles estampes qui collectionnaient avec passion les pièces rares.
Le public est donc invité à comparer les épreuves d'état (parfois trois pour une même planche) aux épreuves de première édition, afin de percevoir la progression du travail de l'artiste et les subtilités de ses recherches, de l'eau-forte pure à l'aquatinte. Des épreuves rejetées par Goya, dont certaines sont uniques au monde, complèteront la démonstration. Elles permettent de comprendre la réflexion de l'artiste, qui, peu à peu, va à l'essentiel, gomme les personnages secondaires et les éléments de décor pour aboutir, dans ses dernières planches, à une arène vide où se joue la tragédie éternelle de la confrontation entre l'homme et la mort. Les Disparates (1815-1824).
Après avoir subi en trois décennies les conséquences d'une révolution européenne, d'une invasion étrangère et d'une guerre civile, Goya, quoique vieux, malade et inquiet pour sa sécurité, ne cesse pas de travailler. Alors qu'il a sans doute à peine achevé la Tauromachie, il entreprend, à partir de 1816, une nouvelle série de gravures de grand format. II réalise des oeuvres étranges, impressionnantes, visions d'une modernité étonnante dont la signification reste encore mystérieuse. II s'agit encore de caprices, c'est-à-dire de créations libres de son imagination, dont on sait, par quelques titres manuscrits inscrits de sa main sur des épreuves d'état, qu'il a souhaité les nommer Disparates. On connaît 22 planches de ce projet qu'il ne tente même pas d'éditer, soucieux sans doute de s'éviter de nouveaux ennuis avec la censure et qu'il laisse inachevé lors de son départ pour Bordeaux.
Goya reprend des motifs puisés dans les Caprices, les Désastres de la Guerre ou la Tauromachie, mais le mystérieux et le fantastique prennent résolument le pas sur le rationnel. La guerre comme la maladie détruisent l'ordre apparent du monde. Les taureaux des Disparates ne combattent plus dans l'arène, ils volent dans des cieux obscurs... Les Disparates sont la moins connue mais probablement la plus impressionnante de ses quatre grandes séries d'estampes. Quintessence des thèmes goyesques, suite de d'images surréelles, où la cauchemar, la terreur, et l'absurdité se mêlent de mystère et de poésie, ces estampes fascineront les artistes symbolistes qui les découvrent à la fin du XIXesiècle.
Les plaques de cuivre de cette série sont en effet restées oubliées pendant plusieurs décennies dans la Quinta del Sordo, dernière résidence madrilène de Goya sur les murs de laquelle il a peint ses célèbres peintures noires. Elles réapparaissent après la mort de son fils, Javier, en 1854 et 18 d'entre elles sont publiées à Madrid sous la forme d'un album que l'on nomme alors Proverbes. Seules de rarissimes épreuves d'état, (tirées du vivant de Goya, sous son contrôle, avant 1824), pour la plupart avant aquatinte, donnent un aperçu du projet initialement conçu par Goya. L'exposition présente les 18 planches de la première édition madrilène de 1864 et en parallèle six épreuves d'état. Rarissimes, ces dernières proviennent de l'INHA, de la Bibliothèque nationale d'Espagne et de trois musées américains.
Les Lithographies (1819-1826)
En 1819, la toute récente « invention du siècle », la lithographie, qui permet de reproduire des images en grand nombre et à moindre coût, arrive à Madrid. Goya n'a de cesse d'expérimenter cette nouvelle technique et l'exposition présente l'une des rares lithographies réalisée par Goya sur les presses madrilènes. Mais c'est à Bordeaux, où il s'installe en 1824, qu'il exécute ses derniers chefs d'oeuvre, avec l'aide du maître lithographe Gaulon, dont il trace sur la pierre un superbe portrait, également exposé.
L'artiste réalise notamment les quatre fameuses estampes appelées Taureaux de Bordeaux. Debout devant les grandes pierres posées sur un chevalet, à la manière d'un peintre, équipé d'un crayon, d'un grattoir et d'une loupe pour pallier sa vue déclinante, il dessine de nouvelles scènes de tauromachie et obtient là des effets de formes et de lumière totalement inédits. Ces compositions anticipent à bien des égards les recherches de Delacroix et de Manet. Gravement malade, Goya continue pourtant inlassablement de dessiner et de graver jusqu'à la veille de sa mort, le 16 avril 1828.
La diffusion de l'oeuvre gravé de Goya au XIX' siècle et son influence sur les artistes français.
Outre les exemplaires des Caprices arrivés à Paris dans la première décennie du XIXe siècle, l'oeuvre de Goya paraît dans les grandes revues d'art de l'époque (Magasin Pittoresque, et plus tard, Gazette des beaux-arts). Les Parisiens découvrent sa peinture un peu plus tard, en 1838, lors de l'ouverture de la galerie espagnole de Louis-Philippe au Louvre. Mais dès les années 1830, les amateurs français commencent à rechercher ses gravures et les premières collections se constituent. Dès 1825, une série de lithographies reproduisant dix des Caprices est imprimée à Paris. C'est grâce à cet album de copies, aujourd'hui devenu une curiosité rarissime, que beaucoup d'artistes romantiques vont découvrir Goya. D'autres documents d'époque témoignent de l'engouement pour l'oeuvre de Goya tout au long du XIX° siècle.
II devient rapidement une figure tutélaire pour les artistes français. Romantiques, impressionnistes ou symbolistes, vont se réclamer de lui, puisant l'inspiration dans cet oeuvre gravé inépuisable, chacun à sa manière. Un choix de dessins et d'estampes d'artistes célèbres ou plus méconnus permet de retracer la postérité de Goya. Les dessins de Delacroix d'après les Caprices prêtés par le musée du Louvre constitueront le point d'orgue de la section consacré aux romantiques. C'est autour des estampes de Manet que s'organise la salle consacrée aux peintres -graveurs qui voient en Goya un précurseur de la modernité, un artiste engagé, témoin de son temps. Les visiteurs pourront aussi découvrir l'oeuvre de Desbrosses, auteur de la suite inédite des désastres du siège de Paris en 1870.
La dernière salle est réservée aux symbolistes fascinés par l'imaginaire du graveur du « songe de la raison », en prise avec les visions subjectives surgies de l'inconscient. Autour de l' « Hommage à Goya » d'Odilon Redon sont exposées quelques eaux-fortes de Buhot, de Chifflart ou encore les gravures du « décadent » Marcel Roux, peuplées d'êtres maléfiques et hantées par la mort.
L'exposition s'achève par une planche peu connue de Veber, caricature évoquant le dernier voyage de la dépouille de Goya de Bordeaux à Madrid et la macabre découverte de la disparition de sa tête. Goya repart pour l'Espagne, tenant par la main un cadavre acéphale, escorté de figures empruntées aux Caprices.
1746 - 30 mars : naissance de Francisco Goya à Fuendetodos, près de Saragosse, ville où son son père, José Goya, est établi comme maître doreur sur bois et sur métal.
1759 -Charles III succède à Ferdinand VI sur le trône d'Espagne.
A 13 ans, Goya entre en apprentissage chez José Luzán, peintre de Saragosse formé en Italie.
1763- Goya s'inscrit au concours de l'Académie San Fernando. II n'obtient pas une seule voix et échoue de nouveau aux concours de 1764 et de 1766.
1769-1771- Goya voyage en Italie. A Rome, il côtoie Piranèse.
1771- Octobre : de retour à Saragosse, il reçoit sa première commande importante : une fresque pour la basilique du Pilar de Saragosse, L'Adoration du Nom de Dieu.
1773- 25 juillet : mariage avec Josefa Bayeu y Subías, soeur de Francisco Bayeu, peintre de la cour .
1774- Première gravure connue, La Fuite en Egypte. Naissance de son premier enfant.
1775- Janvier, Goya s'établit à Madrid où il reçoit ses premières commandes de cartons de tapisserie pour la manufacture de Santa Barbara.
1778- II reproduit à l'eau-forte l'un de ses cartons de tapisserie : L'Aveugle à la guitare. Edition de onze eaux-fortes copiées d'après les peintures de Diego Vélasquez.
1785- 18 mars : nomination au poste de sous-directeur de la Peinture de l'Académie Royale de San Fernando.
1775-1788-Goya commence à fréquenter les cercles des Ilustrados, partisans des Lumières et du libéralisme. Décembre 1788 : mort de Charles III, couronnement de Charles IV et de la reine MarieLouise.
1789 -Avril : nomination comme Peintre de la Chambre du Roi.
1792-1793-Voyage en Andalousie. Goya tombe très gravement malade. II est momentanément paralysé, et reste définitivement sourd.
1795- Septembre : Goya est nommé Directeur de la Peinture à l'Academie Royale San Fernando.
1799-Annonce de la mise en vente des Caprices. 13 octobre : Goya est nommé Premier Peintre de la Chambre du Roi.
1807-Fin de l'année : entrée des troupes napoléoniennes en Espagne
1808- 19 mars, abdication de Charles IV et arrestation du Premier ministre Godoy, couronnement de Ferdinand VII 22 mars, entrée des troupes françaises dans Madrid sous la conduite du Général Murat .
2 et 3 mai, massacres des insurgés madrilènes à la Puerta del Sol et à la Moncloa - Scènes immortalisées par Goya dans deux grandes peintures réalisées en 1814.
6 juin, joseph Bonaparte est proclamé roi d'Espagne et des Indes. Appelé par le Général Palafox qui lui demande de représenter la résistance héroïque de la ville, Goya voyage à Saragosse dans un pays en pleine guerre.
1810- Premières planches des Désastres de la Guerre.
1812- Mort de l'épouse de Goya, María-Josefa Bayeu.
1814- Le Dos et le Tres de Mayo 1808.
avril: abdication de Napoléon à Fontainebleau .
mai: Ferdinand VII est de retour sur le trône. II réinstaure l'Inquisition, dissout les Cortes et fait emprisonner les députés libéraux.
1815 -Les deux Majas (Maja vêtue, Maja nue) valent à Goya d'être inquiété par l'Inquisition pour obscénité.
1816- Publication de la Tauromachie.
Début probable de la réalisation des Disparates (suite qui demeurera inachevée).
1819- Première presse lithographique à Madrid. Goya s'essaie à cette nouvelle technique.
1823-Goya peint sur les murs de sa maison dite, la « maison du sourd » (Quinta del sordo), les célèbres Peintures Noires.
1824-Mai : Toujours au service de la Maison Royale, Goya, inquiet pour sa sécurité, demande un congé pour aller prendre (es eaux à Plombières et part pour la France.
24 mai : arrivée à Bordeaux où il retrouve son ami Leandro Fernández de Moratín.
30 juin-1° septembre 1824 : séjour à Paris.
Septembre : installation à Bordeaux avec Leocadia Weiss, la compagne des dernières années de sa vie.
1825-Préparation d'une nouvelle suite d'eaux-fortes (suite laissée inachevée). Réalisation de lithographies imprimées à Bordeaux par Cyprien-Charles Gaulon.
1828- 16 avril : Mort de Goya à Bordeaux.
